Saturday, December 11, 2010

A lire pour mieux connaître Bart De Wever

‘Ma fin est proche’, se dit-il à l’annonce de l’issue des élections du 13 juin. Alors que tout ne faisait encore que commencer. Le chef de file de la N-VA, Bart De Wever, s’exprime par rapport à l’incidence des 785.000 voix de préférence obtenues, son respect pour Elio Di Rupo et son ‘classeur à merde’. ‘Évidemment, j’ai joué la carte des sentiments. Quel mal y a-t-il à cela ?’
Vingt-neuf coups de téléphone, treize e-mails, trente-sept SMS. Il aura fallu m’armer de plus de 180 jours de patience pour pouvoir décrocher un entretien avec Bart De Wever. Ma demande d’entrevue remonte au 14 juin. " La pression dont fait l’objet Bart De Wever s’accroît à chaque minute qui passe ", annonce la radio dans la voiture qui me mène au siège du NV-A.
Pourtant, une fois arrivé dans son bureau, rien ne transparaît. Quelques heures avant l’énième réunion décisive relative à la loi de financement avec Johan Vande Lanotte, De Wever est confronté à un problème classique. " Je viens de recevoir une lettre d’une femme âgée de 84 ans ", m’annonce-t-il. Elle m’a envoyé un vers en grec ancien dans lequel, dit-il, elle a puisé sa force toute sa vie durant. ‘Eπεί μάθον έμμεναι εσθλός.’ Sans traduction. Je pourrais l’appeler pour en savoir plus, m’écrit-elle. Mais je suis trop fier pour le faire. Voilà qui me tiendra éveillé au cours des prochaines nuits. Vous n’auriez pas une idée de ce que cela signifie, par hasard ?(*) Enfin, j’imagine qu’aujourd’hui, c’est vous qui posez les questions ".


Comment allez-vous ?


Bart De Wever : " Comment je vais ? Et bien, voilà une question bien difficile. Je me sens fatigué. Fatigué mais insatisfait. C’est sans doute normal, en période de négociations. Puis-je agrémenter ma réponse d’une citation ? ‘Une nation fatiguée de longs débats consent volontiers qu’on la dupe, pourvu qu’on la repose.’ C’est signé Alexis De Tocqueville. Il y a 200 ans. Et cela résume parfaitement mon état d’esprit des dernières semaines. "

Vous négociez depuis trois ans une importante réforme de l’État.


De Wever: " Pourtant, j’ai l’impression que cela fait bien plus longtemps. "

Vous saviez pourtant que cela ne serait pas une sinécure. Avez-vous cru ne serait-ce qu’une seconde à l’euphorie qui a dominé la scène au lendemain du 13 juin ?


De Wever: ‘Cette euphorie était nécessaire pour donner une chance aux négociations. Donc oui. J’y ai participé moi aussi. Les élections avaient été remportées par deux partis diamétralement opposés. Si nous n’avions pas envoyé à ce moment-là un signal positif, une lueur d’espoir, tout le monde aurait sans doute pensé ‘Tu vois ? Rien ne va plus.’ Et c’est d’ailleurs l’impression que cela donnait, objectivement. Comment les routes de deux partis aussi différents auraient-elles pu se croiser ? Nous savions que nous pouvions nous attendre à un saut - très profond - dans l’inconnu. Mais nous n’avions d’autre choix que de sauter, tout en feignant de n’avoir pas peur de le faire. Malgré notre propre arrière-ban. Et en partie sans doute à notre corps défendant. Cela dit, le vent tourne. Il y a alors toujours quelqu’un pour vous rappeler vos promesses : " Vous aviez pourtant dit qu’un accord serait signé après l’été ? " Oui, mais : nous ne pouvions pas faire autrement que le dire à ce moment-là. "

Vous y croyiez ou pas ?


De Wever : " Absolument. Même si je savais depuis le début que ce serait extrêmement difficile. Les négociations actuelles, après des décennies d’imbroglios et de compromis, se concentrent sur l’essentiel. Le plus difficile. La réforme d’État qui correspond en fait à une lente scission de l’État. Les deux communautés abordent les choses de manière totalement différente. La plupart des Flamands disent de manière très volontaire ‘aujourd’hui’, la plupart des Wallons disent ‘jamais’. Quand ça commence comme ça, on se doute bien que ce ne sera pas une promenade de santé !’

En 2007, vous avez vu Yves Leterme couler. L’homme aux 800.000 voix de préférence. Cela ne vous effraie pas ?


De Wever: ‘J’ai peine à l’avouer, mais j’y ai pensé, oui. Plus encore lorsque les résultats des élections sont tombés. Tout le monde pense que je n’ai jamais été aussi euphorique que le soir du 13 juin. C’est pourtant le contraire qui s’est produit. Je suis devenu subitement très silencieux. En route pour la fête au Claridge, j’ai été informé du nombre de voix de préférence que j’avais déjà récolté (785.776; ndlr.) ‘Ma fin est proche’, aurais-je alors confié à un parlementaire qui m’escortait sur le podium. ‘L’apogée et en même temps, le début de la fin.’ J’avais oublié. C’est lui qui me l’a rappelé récemment. Cette déclaration lui avait fait forte impression ce soir-là.’

Comment expliquez-vous ce sentiment ?


De Wever: ‘Une conscience historique, j’imagine. Deux personnes ont remporté plus de voix de préférence. Leo Tindemans en a récolté un million en 1979. Personne n’a battu ce score. Yves Leterme en a amassé 800.000 il y a trois ans. Qu’est-il ensuite devenu ? On ne peut pas dire que ce succès lui ait porté chance… C’est même plutôt le contraire. Quand on récolte autant de voix de préférence, on ne vous autorise plus la moindre incartade. On vous attend au tournant. Chacun se présente avec ses propres revendications. Tout change quand on accède à ce niveau. Du jour au lendemain.

Est-ce que quelque chose a changé dans votre vie au lendemain du 13 juin ?


De Wever: ‘Absolument. D’abord, j’ai été convoqué au Palais. Avant cela, lors des précédentes élections, je fêtais les résultats jusqu’au petit matin. Cette fois, à une heure, j’étais tout à fait sobre, au lit ; je savais que le Roi m’appellerait. Le 14 juin, j’ai été bombardé informateur. Deux semaines pour rédiger une note sur la manière de résoudre tous les problèmes du pays. Une lourde tâche. Il faut assumer. Pas facile. À plus forte raison pour le petit parti que nous représentions encore à l’époque. Avant le 13 juin, notre ensemble comptait au total quinze personnes. Femme de ménage comprise.

Le 13 juin, vous êtes devenu celui qui a diabolisé la N-VA pendant de longues années. Celle-là même dont le slogan de campagne annonçait en 2007 : ‘Laat Vlaanderen niet verstrikken’ (Littéralement : ne laissez pas la Flandre étouffer). Les affiches représentaient un triangle de signalisation contenant un nœud papillon, référence évidente à Di Rupo.


De Wever: ‘Il s’en souvient hélas trop bien ! Cet été-là, à la table des négociations, j’ai vu Ben Weyts sortir une pile de feuilles de brouillon de sa mallette. Des feuilles pleines de croquis de panneaux d’interdiction et de nœuds papillon. J’étais mortifié. Tout le monde autour s’est mis à gesticuler et à faire les gros yeux : " Vire ce truc, vire ce truc ! " Mais Di Rupo, qui était juste en face de lui, les avait vus, évidemment. ‘ça alors! C’est quoi ça, Monsieur Weyts ? Montrez voir!’ Un moment extrêmement gênant !’ (il rit)

" Non, plus sérieusement. Qu’est-ce que je peux vous en dire ? Elio Di Rupo, pendant des années, au N-VA, nous l’avons considéré comme un petit comique, une caricature. Le symbole d’une certaine Wallonie. C’était un peu ce qu’il était, finalement. Et c’était facile, d’en jouer. D’où la campagne menée il y a trois ans. Cela dit, quand on apprend à le connaître personnellement, on ne peut que changer d’avis. J’ai dit un jour de lui qu’il était fascinant, l’Elio. Je ne vais pas le répéter ici. Mais c’est un homme de style, réellement charmant. Et puis, une leçon de vie. Son père est mort alors qu’il n’avait qu’un an. Sa mère ne savait ni lire ni écrire. Cela ne l’a pas empêché d’arriver où il est. À l’égard de ce genre de personnes, on ne peut qu’éprouver du respect. Même si, à de nombreux points de vue, il est mon opposé. "

" Lors d’une de nos premières rencontres, il m’a dit : ‘Bart, explique-moi un peu ce que c’est, le nationalisme. Sur le plan psychologique et politique, comment vous situez-vous ?’ Je lui ai exposé mon point de vue et lui ai conseillé le film ‘Michael Collins’, ayant pour protagoniste un indépendantiste irlandais. Le lendemain, Elio s’était procuré le film et l’avait visionné. ‘Dis Bart’, me dit-il alors en arrivant. ‘Ces nationalistes… Ils tuent quand même pas mal de gens, hein.’ C’était hilarant. Un très beau moment.’ "

À ce qu’on dit, l’atmosphère autour de la table des négociations était cette fois bien plus détendue qu’il y a trois ans.


De Wever: " C’est vrai. Et personne ne s’en plaindra. En 2007, on criait, on tempêtait, on jurait et on claquait les portes. On se serait cru dans une cour de récréation. Cette fois, ce n’était pas le cas. En bon gentleman, Elio Di Rupo n’aurait jamais laissé le débat dégénérer. Il peut se fâcher violemment, mais même dans ce cas, c’est avec grâce et style. Moi-même, je ne supporte pas les gens qui font de l’esclandre. En 2007, un leader libéral dont je ne citerai pas le nom m’a traité de tous les noms sur un ton très agressif. ‘Est-ce que le but de tout ceci est de m’impressionner ?’ ai-je demandé, glacial. Dans ces moments-là, à l’intérieur, je ne bouge plus d’un millimètre.’

‘On peut critiquer tant qu’on veut cette génération de politiques, mais ils sont en tout cas bien plus professionnels que leurs prédécesseurs. Même si les problèmes sont nettement plus complexes et le contexte autrement plus délicat.

Sur le plan politique, pendant ces négociations, la situation a souvent été tendue, mais personne n’a orienté le débat sur le plan personnel Ni Di Rupo, ni moi.

Il y a tout de même eu des débordements émotionnels, n’est-ce pas ? Le rejet de votre note par le PS ne vous a-t-il pas offensé ? Di Rupo ne s’est-il pas senti ‘humilié’ ?


De Wever: ‘La politique est un savant mélange de raison et d’émotions. Depuis toujours. Pour avoir le soutien de l’opinion public, on joue sur les émotions davantage que sur la raison. À plus forte raison sur des sujets complexes, institutionnels. Rares sont ceux maîtrisant les subtilités du modèle de financement. La plupart ont d’autres loisirs, fort heureusement d’ailleurs. Néanmoins, un message simple comme ‘Nous sommes insatisfaits et en colère’, tout le monde le comprend.

Vous ne niez pas que ces derniers mois, vous avez très consciemment glissé dans le registre des sentiments, cela dit ?


De Wever: " Évidemment pas. Je ne peux tout simplement pas le nier. Chacun des choix que le politique opère est en partie calculé. Et donc bien sûr, celui d’utiliser certaines émotions. Mais ces émotions ne sont pas pour autant feintes. Il ne faut pas le voir comme une mise en scène. Les politiques font ces choix en une fraction de seconde, de manière très instinctive. Parce que ce sont des animaux politiques. Ne vous imaginez pas que ce choix résulte de longues réflexions ou de considérations stratégiques. En tout cas, pas en ce qui me concerne. Je suis confronté à un événement, et mon instinct me dicte : ‘Dis-leur à quel point tout ceci t’écœure’. Ou au contraire : ‘Tais-toi’. Cela arrive aussi. Action-réaction, autrement dit. Quel mal y a-t-il à cela ? "

À mi-parcours, le soir où les partis flamands ont mis sur la table la loi de financement, vous êtes tombé. Littéralement.


De Wever: (sarcastique) ‘C’était du pipeau, vous ne l’avez pas lu ? C’était dans les commentaires off que La Libre Belgique a publiés : " Il feint un malaise pour échapper aux moments difficiles. " C’est probablement ce que j’ai lu de plus beau à mon sujet.’

‘Mais le pire, c’est que je le savais. Je savais qu’on l’écrirait. ‘C’est la merde’, me répétais-je sans cesse quand j’ai commencé à me sentir mal. Je ne sentais plus mes bras. La scène s’est jouée au ralenti. Mais je ne voulais pas abandonner. Sous aucun prétexte. Je savais que le lendemain, je serais crucifié par la presse. J’imaginais déjà les commentaires : ‘Le gros a tourné de l’œil.’ Ou : ‘Il a simulé un malaise’. Mais je n’ai pas pu faire autrement. Joëlle Milquet m’a ramené à ma voiture. J’étais complètement désorienté, tout seul je n’y serais pas arrivé. Elle m’a accompagné vers une issue loin de la presse. C’était peine perdue, évidemment. Le récit de mon malaise avait déjà été relayé en temps réel. Je ne m’étais fait aucune illusion là-dessus. En politique, on n’a aucun ami. Pas même dans des moments comme celui-là.’

‘J’ai tout de suite su que ce n’était rien de sérieux, heureusement. Je n’ai pas paniqué une seule seconde. Ce malaise était le résultat d’une nuit de travail acharné, d’une journée de jeûne et de stress. Je savais que la loi de financement ne serait pas négociable pour Di Rupo. Humainement, ce fut difficile pour moi de lui rentrer dedans de cette façon. Mais politiquement, il ne m’avait pas laissé le choix. Évidemment, ça n’aide pas, quand on est sur le point de chavirer. Avec cette conviction qu’on s’apprête à connaître un sale moment…’

N’étiez-vous pas simplement à bout de forces, comme cela a été dit ? Un malaise dû à des semaines sans sommeil, à cause du stress ?


De Wever: ‘Je ne dors plus binen depuis vingt ans. Ces derniers mois, la situation ne s’est certes pas améliorée, mais elle ne s’est pas dégradée pour autant. Je ne travaille pas plus que l’an dernier ou l’année précédente. Travailler plus, cela aurait été impossible, de toute façon. Mon épouse et mes quatre enfants ne m’ont certainement pas vu moins que les années précédentes. Pour eux, hélas, rien n’a changé. Lorsque le cartel que l’on formait avec le CD&V a éclaté, le 23 septembre 2008, j’ai commencé à travailler comme un damné. Je le savais : ‘Maintenant, ça passe ou ça casse. J’ai un peu moins d’un an, jusqu’aux élections flamandes de 2009, pour faire la différence. Soit la N-VA reste dans la course, soit c’est fini.’ J’ai vu toutes les salles de conférence de Flandre, cette année-là. D’Hasselt à La Panne. Je suis parti le 23 septembre 2008, et je suis rentré chez moi le 10 juillet 2009 à 2 heures. Le lendemain, je me mariais. Je n’oublierai jamais le moment où mon épouse m’a réveillé pour me demander : ‘Je mets quoi aujourd’hui?’ "

Depuis le début des négociations en 2007, vous êtes en permanence sous le feu des projecteurs. Est-ce difficile à vivre ?


De Wever: ‘Avant de répondre à cette question, j’aimerais tordre le cou à un cliché. C’est important. Je ne me plains pas de la vie que je mène. Quand on a la chance, comme moi, de faire de sa passion un métier, et en plus d’être grassement rémunéré pour le faire, on peut s’estimer chanceux. Ce serait insensé de se plaindre de cette vie et surtout de l’excès d’attention qu’on me porte aujourd’hui. Pendant de longues années, j’ai dû me mettre à genoux pour faire ma place. J’ai dû accepter de me plier à certaines contraintes, dont je pensais : ‘Suis-je vraiment obligé de faire ça ?’ Et puis, en y réfléchissant mieux, je finissais pas me convaincre : ‘Allez, ça me permettra de passer sur VTM.’ Ca, oui, c’était pénible.’

Mais ?


De Wever: ‘Mais mon métier a d’autres aspects très désagréables, que je suis contraint d’accepter. Comme ces projecteurs, justement. Par moment, c’est dur. Je ne peux pas le nier. Vos défauts sont plus visibles sous les projecteurs. La population est du reste devenue très dure par rapport au monde politique. Il faut que nous soyons blancs comme neige, et presque parfaits sur le plan humain. Nous sommes par ailleurs censés travailler jour et nuit, à plus forte raison aujourd’hui. Dès qu’on sort le nez dehors plus d’une minute, nous sommes assaillis d’e-mails : ‘Tu n’as rien de mieux à faire de tes journées, sale voleur ?’

‘Hugo Schiltz m’a toujours dit : ‘Bart, l’homme politique est un canard. Si tu lui balances un seau d’eau sur la tête, il lui suffira de se secouer énergiquement les plumes et il sera à nouveau sec.’ Sauf que certains jours, ce n’est pas un seau d’eau qu’on me jette au visage, mais un demi-tsunami. J’ai été élevé par un collabo, comme on le dit et on l’écrit souvent. Même si mon père n’est né qu’en 1934. J’ai vu la porte d’entrée de ma mère et la tombe de mon père à la télévision, entre deux images de nazis. ‘Il a flamandisé son nom en Rik’, voilà ce qu’ils disaient. Il en faut, des tripes, pour entendre de telles choses sur un père décédé. Ceci dit, ces derniers mois, certaines limites ont été dépassées. Mais bon. J’accepte. Même ça. À la longue, mon réflexe, c’est de dire : ‘Ajoutons cela au reste, dans le classeur.’

Le classeur ?


De Wever: ‘Je collectionne ce genre de choses dans un classeur particulier. Le classeur à merde. (il grimace) Et j’en ai un autre pour les menaces. Je les classe en fonction de trois gradations. Avec le temps, on apprend à faire le tri. Ceux qui envoient des e-mails sont inoffensifs en général. Ils créent une adresse hotmail pour pouvoir vous balancer leur fiel de manière anonyme. ‘Si ça peut les soulager’, me dis-je alors. Ceux qui écrivent des lettres sont un peu plus dangereux. Ceux-là ont fait l’effort de rechercher votre adresse, d’acheter un timbre, voire de glisser l’enveloppe dans votre propre boîte aux lettres, histoire de bien vous faire comprendre qu’ils savent où vous vivez. C’est déjà bien moins drôle. On finit par se dire que ces gens-là pourraient bien penser ce qu’ils écrivent. Heureusement, ces attaques sont les plus rares. Mais bon. Ca aussi, on s’y habitue. Par ailleurs, cela évolue en fonction de la conjoncture. Lorsque les tensions augmentent, les menaces suivent le mouvement. Une fois que la tension retombe, la situation s’apaise. C’est très simple. Il suffit que je donne une interview à la RTBF pour être aussitôt assailli de toutes parts.’

La pression exercée sur vous est énorme et s’accroît au fil des jours. De votre réponse dépend l’avenir de millions de personnes. N’avez-vous jamais peur de vous tromper ?

De Wever: ‘En permanence. Mais pas par rapport à la direction que nous empruntons. Uniquement sur la manière de le faire. Seulement ‘in modo’, comme la locution latine l’exprime si bien, pas ‘in re’. ‘Je suis tranquille avec moi-même.’ Vous connaissez cette expression ? Elle est signée Van den Boeynants. Ovide a écrit sensiblement la même chose, mais dans des termes plus vifs : ‘En rue, on me crache au visage, mais à la maison, je m’applaudis.’ Je n’ai pas cette arrogance, mais tout ce qu’on m’a balancé au fil des ans ne m’a jamais fait douter fondamentalement de moi-même. "

(*) ‘J’ai appris à être toujours audacieux.’ Livre VI de l’Iliade d’Homère. Hector prononce ces mots lorsqu’il quitte son épouse Andromaque, qui l’a supplié de ne pas partir au combat. Il le doit pourtant, dit-il, sans quoi il serait rongé par la honte et l’orgueil. Dans la suite, il déclare – ce qui n’est pas tout à fait approprié : ‘Car je sais, dans mon esprit et dans mon coeur, qu'un jour viendra où la sainte Troie périra.’

Wouter VAN DRIESSCHE

Tuesday, November 23, 2010

La 4e phase de la crise est-elle en marche ?


Après la crise financière née de l'implosion du marché des crédits hypothécaires aux Etats-Unis (1e phase), après la crise économique qui a suivi (2e phase), après la crise des dettes publiques des pays développés qui est en cours (3e phase), on commence à voir apparaître les premiers signes de la 4e phase : la crise politique:
- les syndicats portugais annoncent pour ce mercredi 24 novembre la plus grande grève de l'histoire du pays du fait des mesures de rigueur qui feront baisser sensiblement le pouvoir d'achat des ménages.
- le parti vert en Irlande, qui fait partie de la majorité au pouvoir, se désolidarise de celle-ci et demande la tenue d'élections anticipées en janvier 2011 suite à la perspectives de nouvelles mesures d'austérité que la population aura à subir.
- des groupements de citoyens en France et en Belgique commencent à en appeler à un mouvement de révolte contre le système bancaire par la voix d'Eric Cantona (voir photo), l'ancien footballeur : voir le site ici.

Vous avez bien de l'or dans vos portefeuilles ?

Friday, October 15, 2010

Vous avez entendu parler du HFT ?

Je vous recommande ce reportage consacré au "High Frequency Trading" (HFT) : des ordinateurs surpuissants exécutent des algorithmes qui exploitent les moindres mouvements sur les marchés boursiers US pour exécuter des transactions d'achats et ventes en l'espace de micro-secondes. Aujourd'hui, 70% du volume des transactions sur la bourse de New-York sont dues au HFT, ce qui pose pas mal de questions en ce qui concerne notamment l'égalité des investisseurs face à l'investissement boursier. A méditer !

Friday, October 8, 2010

La règle des 40%

J'ai bien ri ce matin en lisant ce petit article paru sur le blog Real Time Economics du Wall Street Journal.
Le journaliste Justin Lahart faisait un commentaire humoristique à propos de l'opinion exprimée le 6 octobre par Nouriel Roubini (photo ci-dessus), l'économiste de la New York University connu pour sa vision pessimiste de l'environnement économique que nous connaissons, selon laquelle il y aurait une probabilité de 40% de connaître une récession en double creux ("double dip" dans la langue de Shakespeare).
Un économiste qui lance une prévision dans le but de faire la une des journaux tout en préservant sa crédibilité a tout intérêt à affecter sa prévision d'une probabilité de 40% : si l'événement prévu se produit, il passe pour un sage ; s'il ne se produit pas, et bien, c'est logique puisque ce n'était pas l'issue la plus probable...
Voici une bonne façon de gérer son capital de crédit dans un domaine aussi délicat que celui des prévisions économiques.
A propos, je pense qu'il y a 40% de chances que vous lirez le prochain article qui paraîtra sur ce blog... ;-)

Tuesday, September 28, 2010

Nouvelles tensions en perspective au sein de la zone euro

L'Irlande, la Grèce et le Portugal inquiètent à nouveau les marchés financiers, comme l'illustre le graphique ci-dessus de l'évolution du taux de rendement de l'emprunt de la République d'Irlande à 10 ans.
Pour ce pays, l'inquiétude provient des nouveaux déboires de l'Anglo Irish Bank, lourdement engagée dans le secteur immobilier, et dont le rating de la dette senior a été abaissé hier de 3 crans hier par Moody's à Baa3, venant de A3. Aujourd'hui, Standard & Poors a publié une évaluation de ce qu'une faillite d'Anglo Irish Bank pourrait coûter à l'Irlande : 35 milliards d'euros, soit environ un cinquième du total de sa dette publique, et davantage que les 33 milliards d'euros qui ont déjà été déboursés jusqu'ici par l'Irlande pour sauver son système bancaire en 2008 et 2009... Le coût réel d'un renflouement d'Anglo Irish Bank sera annoncé à la fin de cette semaine par le gouvernement.

L'inquiétude liée au Portugal est davantage de nature politique : le gouvernement portugais devant compter sur le soutien d'une partie l'opposition pour voter les mesures nécessaires pour rééquilibrer les finances publiques, le chef de l'opposition sociale-démocrate a annoncé la semaine dernière qu'il ne voterait pas le budget si celui-ci incluait de nouvelles taxes. Le premier ministre José Socrates a déclaré vendredi que sans approbation du budget, le gouvernement ne pourrait plus fonctionner. L'écart de rendement entre la dette portugaise et la dette allemande à 10 ans a grimpé cette semaine à 4,20%.

Pour la Grèce, le marché continue à douter de la capacité du pays à faire face à sa montagne de dettes. L'Etat grec doit maintenant payer un taux rendement de plus de 11% pour trouver des investisseurs prêts à lui prêter de l'argent à 10 ans, et ce malgré le plan de sauvetage de 750 milliards d'euros accordé au printemps par l'Union Européenne et le FMI...
La semaine en cours risque encore d'être cruciale pour la zone euro.

Thursday, September 16, 2010

Pourquoi l'éclatement de la bulle immobilière espagnole est encore à venir ?

Des chiffres récents ont laissé entrevoir un espoir de reprise du secteur immobilier en Espagne, notamment une hausse de 25% du nombre de logements vendus au 2e trimestre 2010 par rapport au même trimestre de l'année précédente. Mais ce regain de forme n'est qu'apparent : l'encours net de nouveaux crédits immobiliers a continué à chuter au 2e trimestre, ce qui tend à montrer que la hausse du nombre de transactions concernait des ménages déjà propriétaires qui changent de logement (à meilleur compte), ce qui ne résorbe aucunement le stock d'un million de logements qui ne trouvent pas preneur.
Mais deux mauvaises nouvelles à venir vont amplifier la crise immobilière dans les prochains mois :
- les banques espagnoles vont être contraintes, par de nouvelles réglementations dictées par la Banque d'Espagne, de constituer des provisions de 30% de la valeur des biens immobiliers qu'elles détiennent (un parc évalué à 60 milliards d'euros) s'ils n'ont pas été vendus dans les deux ans. Les banques vont donc être poussées à liquider leur portefeuille immobilier, ce qui aura un impact négatif important.
- la déductibilité fiscale des intérêts de prêts immobiliers va peu à peu être supprimée à partir du 1er janvier 2011, ce qui va équivaloir à un renchérissement du coût d'acquisition.
La crise du surendettement va encore se faire sentir...

Thursday, September 9, 2010

Les prévisions intermédiaires de l'OCDE anticipent un fort ralentissement de la croissance en Europe

Comme le montre le tableau ci-dessus, l'OCDE s'attend à un ralentissement important de la croissance dans la zone Euro, le groupe des pays "Euro 3" (Allemagne + France + Italie) voyant leur PIB croître de 0,4% au 3e trimestre 2010 contre 5,1% au 2e trimestre de cette même année.
Il est intéressant de noter que les Etats-Unis ont commencé à subir cet essoufflement de la croissance 2 trimestres plus tôt, la croissance du PIB passant de 5% à 3,7% entre le 4e trimestre 2009 et le 1er trimestre 2010, puis à 1,6% au 2e trimestre.
Pier Carlo Padoan, le chef économiste de l'OCDE, ajoute cependant qu'il est encore difficile de dire si l'essoufflement de la reprise sera temporaire ou plus durable étant donné les "incertitudes considérables" qui pèsent sur la reprise.

Monday, September 6, 2010

La Belgique en sursis ?

Pas pour le moment. Ce lundi 6 septembre, le différentiel de taux d'intérêt entre les obligations d'Etat belges et allemandes n'a pas évolué de façon significative malgré l'échec des négociations institutionnelles enregistré vendredi en fin de journée. Les marchés semblent donc laisser encore du temps à la classe politique belge pour trouver une solution et aboutir à cette 6ème réforme de l'Etat.
Mais il est clair que ce temps ne sera pas infini : des mesures économiques et budgétaires doivent être prises rapidement en Belgique si l'on veut éviter un dérapage incontrôlé du déficit des finances publiques et de la compétitivité des entreprises. Si la crise politique s'éternise, il est certain que la Belgique sera sanctionnée par un renchérissement des taux d'intérêts auxquels l'Etat se finance, ce qui aura un impact économique et budgétaire très désagréable...

Thursday, August 19, 2010

Gestionnaires de fonds, méditez ce message !

Stanley Druckenmiller, fondateur du hedge fund à succès Duquesne Capital Management, a annoncé hier le 18 août 2010 mettre fin à sa carrière de 30 ans en tant que gérant.
M. Druckenmiller, 57 ans, est l'un des gérants de hedge funds les plus performants aux Etats-Unis. Comme raisons de sa décision, il cite "la charge émotionnelle élevée de ne pas délivrer des performances à la hauteur de ses attentes". Duquesne Capital Management, qui gère environ 12 milliards de dollars d'actifs, a délivré chaque année depuis 30 ans des performances positives. Depuis le début de cette année 2010 cependant, la performance du fonds est négative à environ -5%.
Les raisons de sa décision sont développées par M. Druckenmiller ci-après :
"I have had to recognize that competing in the markets over such a long timeframe imposes heavy personal costs. While the joy of winning for clients is immense, for me the disappointment of each interim drawdown over the years has taken a cumulative toll that I cannot continue to sustain. This is true even though to date we have delivered an unbroken record of positive annual performance which I hope will continue for 2010 as well. And while our clients were certainly pleased that we achieved positive results for 2008 and 2009 in a challenging environment, as you may have surmised I was dissatisfied with those results because they did not match my own, internal long-term standard. You may remember that I chose to leave Soros Fund Management ten years ago because the challenge of managing an enormous amount of capital was having a clear impact on my ability to perform, as well as my state of being. Unfortunately, as Duquesne has grown, these factors have again emerged. I continue to care deeply about performing for our clients, and the stress of performing in a way that I consider to be disappointing – even if you do not share that view – persists in exacting a high emotional toll, with the result that I have concluded that this change is necessary."
L'attitude de M. Druckenmiller mérite d'être saluée dans une industrie de la gestion d'actifs où la médiocrité partagée est souvent la norme et le talent l'exception, où des pratiques commerciales douteuses sont trop largement répandues et servent souvent à masquer l'indigence des performances délivrées, où l'on n'hésite pas à "discontinuer" (c'est-à-dire en français à fermer) un fonds qui a fait perdre de l'argent aux investisseurs pour le remplacer le jour même par un autre fonds similaire et ainsi effacer les "taches" et continuer à percevoir les sacro-saintes commissions de performances, où des distributeurs qui se proclament indépendants perçoivent de plantureuses et discrètes commissions de placement de la part des gérants, à charge bien entendu des investisseurs....
Gestionnaires de fonds, méditez le message de Stanley Druckenmiller !

Friday, August 13, 2010

Les craintes sur le secteur bancaire refont surface

L'Irlande a reçu cette semaine l'autorisation de la Commission Européenne de recapitaliser Anglo Irish Bank pour un montant de 10 milliards d'euros, en plus des 14,3 milliards d'euros qui avaient déjà été injectés auparavant par l'Etat irlandais.
Par ailleurs, Bank of Ireland, une autre banque irlandaise détenue partiellement par l'Etat, a annoncé ce mercredi 11 août une perte pour le 1er semestre 2010 presque deux fois plus importante que celle du 1er semestre de l'année précédente, à 1,25 milliard d'euros.
Autre signe inquiétant : la dépendance de certaines banques européennes vis-à-vis de la BCE en matière de source de financement continue à croître : le secteur bancaire portugais a par exemple vu ses encours de crédit auprès de la Banque Centrale Européenne grimper de 21% en juillet 2010 par rapport à juin. Idem pour les banques italiennes (+12%) et grecques (+2,5%).
Ces nouvelles renforcent le scepticisme les observateurs vis-à-vis des résultats plutôt flatteurs des stress tests rendus publics au mois de juillet.
Les problèmes du secteur bancaire irlandais proviennent principalement de mauvais crédits qui avaient été généreusement accordés au secteur de l'immobilier commercial qui s'enfonce encore et toujours davantage dans la crise.
Ces mauvaises nouvelles concernant le secteur bancaire affectent par ricochet la situation des finances publiques irlandaises : le coût de financement d'emprunts à 6 mois émis par le gouvernement est passé en trois semaines de 1,37% à 2,46% et le taux des emprunts à 10 ans a grimpé de 0,50% en une semaine pour s'établir à 5,37%, soit presque 3% de plus que les taux allemands de même échéance.
Les tensions sur le système financier en Europe ne sont pas terminées...

Wednesday, August 11, 2010

La FED constate le ralentissement de la croissance

Le comité Open Market de la FED qui s'est réuni hier le 10 août 2010 a pris une mesure de type symbolique : réinvestir le produit des remboursements de son programme de soutien au secteur immobilier en titres du Trésor US, autrement dit en obligations émises par l'Etat américain.
Le message lancé par la Banque Centrale américaine est multiple :
- d'abord, il marque la confirmation que la croissance économique est bien en train de s'essouffler aux Etats-Unis. Cette confirmation n'est pas en soi une grande nouvelle étant donné que de nombreux indicateurs attestent de ce ralentissement depuis plusieurs semaines déjà. Mais il est intéressant de noter le changement de discours de la FED par rapport au communiqué précédent, qui date de deux mois, et qui tablait sur un maintien d'une reprise assez vigoureuse de l'activité.
- la FED confirme ensuite que les taux d'intérêts directeurs, qui sont à un minimum historique (0% à 0,25%), seront maintenus à ce niveau exceptionnellement bas pendant une période prolongée ("extended period").
- elle annonce enfin qu'elle va maintenir inchangé le montant des titres qu'elle détient à l'actif de son bilan en remplaçant les obligations adossées à des emprunts hypothécaires et les obligations émises par les agences Fannie Mae et Freddie Mac qui seront remboursées dans le cadre de la fin progressive du programme de soutien au secteur immobilier par des obligations d'Etat à long terme (Treasuries). La FED décide donc de maintenir ses efforts de soutien à l'économie.
On peut cependant se demander ce que cette dernière mesure va bien pouvoir apporter comme réel soutien supplémentaire à l'économie. Les taux d'intérêts des emprunts d'Etat US sont déjà au plancher, après plusieurs mois de baisse sensible : le taux de rendement de l'emprunt US à 10 ans est tombé aujourd'hui à 2,70%, soit son niveau le plus bas depuis avril 2009. Il est difficile d'imaginer qu'il puisse continuer à baisser sensiblement. Le fait que la Banque Centrale va continuer à acheter des Treasuries va cependant constituer un facteur de soutien qui va contribuer à maintenir ce taux à son bas niveau actuel.
Le fond du problème reste que ces niveaux exceptionnellement bas des taux d'intérêt ne se répercutent pas de façon satisfaisante sous la forme d'une croissance des crédits aux particuliers et aux entreprises. Mais sur ce plan-là, les moyens d'actions de la Banque Centrale américaine semblent inexistants.
Mais ne sous-estimons pas le pouvoir de persuasion de le FED, comme illustré ci-dessous... ;-)

Monday, April 19, 2010

Drôle de reprise pour le secteur bancaire US...


La Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) est une agence indépendante créée par le Congrès américain en vue d'assurer les dépôts des épargnants auprès des banques et de superviser les institutions financières dans une optique de protection des consommateurs de produits financiers. La FDIC publie régulièrement des statistiques concernant la santé du secteur bancaire aux Etats-Unis et notamment des statistiques relatives aux faillites bancaires.
Les derniers chiffres publiés indiquent que le nombre de fermetures de banques aux Etats-Unis continue à croître en 2010, et a même tendance à s'accélérer par rapport aux chiffres de 2008 et 2009 : depuis le début de l'année, pas moins de 50 banques régionales ont dû cesser leurs activités alors que sur l'ensemble de l'année 2009, 140 institutions bancaires US ont fait défaut.
Drôle de reprise dans le secteur financier américain, vous ne trouvez pas ?

Tuesday, February 2, 2010

Les déficits publics, boulets des économies avancées...

Un petit tableau qui parle de lui-même :
Jetez un oeil sur l’avant-dernière ligne : en 2014, le déficit public devrait être de 5,3% et la dette publique de 118% du PIB pour l’ensemble des pays avancés….
Les conséquences de tout ceci ?
- Une inclinaison naturelle des gouvernements à favoriser une hausse de l’inflation pour éponger discrètement cette masse de dette d’une manière apparemment (mais apparemment seulement) moins douloureuse pour les citoyens que des mesures de diminution des prestations sociales ou d’augmentations des impôts.
- Une tendance à la hausse des taux d’intérêts, appât nécessaire pour attirer l’épargne qui va financer ces montagnes de dettes.
- Un frein à l’activité économique du fait de la politique budgétaire restrictive que cette situation impose aux Etats et du fait de la hausse des taux d’intérêts.
Et sans oublier une autre bombe à retardement qui va peser de plus en plus clairement sur le budget des Etats des pays avancés : les charges relatives aux pensions qui, dans la plupart des pays avancés, ne sont tout simplement pas financées…
De la prudence, je vous dis, de la prudence...