Thursday, August 19, 2010

Gestionnaires de fonds, méditez ce message !

Stanley Druckenmiller, fondateur du hedge fund à succès Duquesne Capital Management, a annoncé hier le 18 août 2010 mettre fin à sa carrière de 30 ans en tant que gérant.
M. Druckenmiller, 57 ans, est l'un des gérants de hedge funds les plus performants aux Etats-Unis. Comme raisons de sa décision, il cite "la charge émotionnelle élevée de ne pas délivrer des performances à la hauteur de ses attentes". Duquesne Capital Management, qui gère environ 12 milliards de dollars d'actifs, a délivré chaque année depuis 30 ans des performances positives. Depuis le début de cette année 2010 cependant, la performance du fonds est négative à environ -5%.
Les raisons de sa décision sont développées par M. Druckenmiller ci-après :
"I have had to recognize that competing in the markets over such a long timeframe imposes heavy personal costs. While the joy of winning for clients is immense, for me the disappointment of each interim drawdown over the years has taken a cumulative toll that I cannot continue to sustain. This is true even though to date we have delivered an unbroken record of positive annual performance which I hope will continue for 2010 as well. And while our clients were certainly pleased that we achieved positive results for 2008 and 2009 in a challenging environment, as you may have surmised I was dissatisfied with those results because they did not match my own, internal long-term standard. You may remember that I chose to leave Soros Fund Management ten years ago because the challenge of managing an enormous amount of capital was having a clear impact on my ability to perform, as well as my state of being. Unfortunately, as Duquesne has grown, these factors have again emerged. I continue to care deeply about performing for our clients, and the stress of performing in a way that I consider to be disappointing – even if you do not share that view – persists in exacting a high emotional toll, with the result that I have concluded that this change is necessary."
L'attitude de M. Druckenmiller mérite d'être saluée dans une industrie de la gestion d'actifs où la médiocrité partagée est souvent la norme et le talent l'exception, où des pratiques commerciales douteuses sont trop largement répandues et servent souvent à masquer l'indigence des performances délivrées, où l'on n'hésite pas à "discontinuer" (c'est-à-dire en français à fermer) un fonds qui a fait perdre de l'argent aux investisseurs pour le remplacer le jour même par un autre fonds similaire et ainsi effacer les "taches" et continuer à percevoir les sacro-saintes commissions de performances, où des distributeurs qui se proclament indépendants perçoivent de plantureuses et discrètes commissions de placement de la part des gérants, à charge bien entendu des investisseurs....
Gestionnaires de fonds, méditez le message de Stanley Druckenmiller !

Friday, August 13, 2010

Les craintes sur le secteur bancaire refont surface

L'Irlande a reçu cette semaine l'autorisation de la Commission Européenne de recapitaliser Anglo Irish Bank pour un montant de 10 milliards d'euros, en plus des 14,3 milliards d'euros qui avaient déjà été injectés auparavant par l'Etat irlandais.
Par ailleurs, Bank of Ireland, une autre banque irlandaise détenue partiellement par l'Etat, a annoncé ce mercredi 11 août une perte pour le 1er semestre 2010 presque deux fois plus importante que celle du 1er semestre de l'année précédente, à 1,25 milliard d'euros.
Autre signe inquiétant : la dépendance de certaines banques européennes vis-à-vis de la BCE en matière de source de financement continue à croître : le secteur bancaire portugais a par exemple vu ses encours de crédit auprès de la Banque Centrale Européenne grimper de 21% en juillet 2010 par rapport à juin. Idem pour les banques italiennes (+12%) et grecques (+2,5%).
Ces nouvelles renforcent le scepticisme les observateurs vis-à-vis des résultats plutôt flatteurs des stress tests rendus publics au mois de juillet.
Les problèmes du secteur bancaire irlandais proviennent principalement de mauvais crédits qui avaient été généreusement accordés au secteur de l'immobilier commercial qui s'enfonce encore et toujours davantage dans la crise.
Ces mauvaises nouvelles concernant le secteur bancaire affectent par ricochet la situation des finances publiques irlandaises : le coût de financement d'emprunts à 6 mois émis par le gouvernement est passé en trois semaines de 1,37% à 2,46% et le taux des emprunts à 10 ans a grimpé de 0,50% en une semaine pour s'établir à 5,37%, soit presque 3% de plus que les taux allemands de même échéance.
Les tensions sur le système financier en Europe ne sont pas terminées...

Wednesday, August 11, 2010

La FED constate le ralentissement de la croissance

Le comité Open Market de la FED qui s'est réuni hier le 10 août 2010 a pris une mesure de type symbolique : réinvestir le produit des remboursements de son programme de soutien au secteur immobilier en titres du Trésor US, autrement dit en obligations émises par l'Etat américain.
Le message lancé par la Banque Centrale américaine est multiple :
- d'abord, il marque la confirmation que la croissance économique est bien en train de s'essouffler aux Etats-Unis. Cette confirmation n'est pas en soi une grande nouvelle étant donné que de nombreux indicateurs attestent de ce ralentissement depuis plusieurs semaines déjà. Mais il est intéressant de noter le changement de discours de la FED par rapport au communiqué précédent, qui date de deux mois, et qui tablait sur un maintien d'une reprise assez vigoureuse de l'activité.
- la FED confirme ensuite que les taux d'intérêts directeurs, qui sont à un minimum historique (0% à 0,25%), seront maintenus à ce niveau exceptionnellement bas pendant une période prolongée ("extended period").
- elle annonce enfin qu'elle va maintenir inchangé le montant des titres qu'elle détient à l'actif de son bilan en remplaçant les obligations adossées à des emprunts hypothécaires et les obligations émises par les agences Fannie Mae et Freddie Mac qui seront remboursées dans le cadre de la fin progressive du programme de soutien au secteur immobilier par des obligations d'Etat à long terme (Treasuries). La FED décide donc de maintenir ses efforts de soutien à l'économie.
On peut cependant se demander ce que cette dernière mesure va bien pouvoir apporter comme réel soutien supplémentaire à l'économie. Les taux d'intérêts des emprunts d'Etat US sont déjà au plancher, après plusieurs mois de baisse sensible : le taux de rendement de l'emprunt US à 10 ans est tombé aujourd'hui à 2,70%, soit son niveau le plus bas depuis avril 2009. Il est difficile d'imaginer qu'il puisse continuer à baisser sensiblement. Le fait que la Banque Centrale va continuer à acheter des Treasuries va cependant constituer un facteur de soutien qui va contribuer à maintenir ce taux à son bas niveau actuel.
Le fond du problème reste que ces niveaux exceptionnellement bas des taux d'intérêt ne se répercutent pas de façon satisfaisante sous la forme d'une croissance des crédits aux particuliers et aux entreprises. Mais sur ce plan-là, les moyens d'actions de la Banque Centrale américaine semblent inexistants.
Mais ne sous-estimons pas le pouvoir de persuasion de le FED, comme illustré ci-dessous... ;-)