Saturday, December 11, 2010

A lire pour mieux connaître Bart De Wever

‘Ma fin est proche’, se dit-il à l’annonce de l’issue des élections du 13 juin. Alors que tout ne faisait encore que commencer. Le chef de file de la N-VA, Bart De Wever, s’exprime par rapport à l’incidence des 785.000 voix de préférence obtenues, son respect pour Elio Di Rupo et son ‘classeur à merde’. ‘Évidemment, j’ai joué la carte des sentiments. Quel mal y a-t-il à cela ?’
Vingt-neuf coups de téléphone, treize e-mails, trente-sept SMS. Il aura fallu m’armer de plus de 180 jours de patience pour pouvoir décrocher un entretien avec Bart De Wever. Ma demande d’entrevue remonte au 14 juin. " La pression dont fait l’objet Bart De Wever s’accroît à chaque minute qui passe ", annonce la radio dans la voiture qui me mène au siège du NV-A.
Pourtant, une fois arrivé dans son bureau, rien ne transparaît. Quelques heures avant l’énième réunion décisive relative à la loi de financement avec Johan Vande Lanotte, De Wever est confronté à un problème classique. " Je viens de recevoir une lettre d’une femme âgée de 84 ans ", m’annonce-t-il. Elle m’a envoyé un vers en grec ancien dans lequel, dit-il, elle a puisé sa force toute sa vie durant. ‘Eπεί μάθον έμμεναι εσθλός.’ Sans traduction. Je pourrais l’appeler pour en savoir plus, m’écrit-elle. Mais je suis trop fier pour le faire. Voilà qui me tiendra éveillé au cours des prochaines nuits. Vous n’auriez pas une idée de ce que cela signifie, par hasard ?(*) Enfin, j’imagine qu’aujourd’hui, c’est vous qui posez les questions ".


Comment allez-vous ?


Bart De Wever : " Comment je vais ? Et bien, voilà une question bien difficile. Je me sens fatigué. Fatigué mais insatisfait. C’est sans doute normal, en période de négociations. Puis-je agrémenter ma réponse d’une citation ? ‘Une nation fatiguée de longs débats consent volontiers qu’on la dupe, pourvu qu’on la repose.’ C’est signé Alexis De Tocqueville. Il y a 200 ans. Et cela résume parfaitement mon état d’esprit des dernières semaines. "

Vous négociez depuis trois ans une importante réforme de l’État.


De Wever: " Pourtant, j’ai l’impression que cela fait bien plus longtemps. "

Vous saviez pourtant que cela ne serait pas une sinécure. Avez-vous cru ne serait-ce qu’une seconde à l’euphorie qui a dominé la scène au lendemain du 13 juin ?


De Wever: ‘Cette euphorie était nécessaire pour donner une chance aux négociations. Donc oui. J’y ai participé moi aussi. Les élections avaient été remportées par deux partis diamétralement opposés. Si nous n’avions pas envoyé à ce moment-là un signal positif, une lueur d’espoir, tout le monde aurait sans doute pensé ‘Tu vois ? Rien ne va plus.’ Et c’est d’ailleurs l’impression que cela donnait, objectivement. Comment les routes de deux partis aussi différents auraient-elles pu se croiser ? Nous savions que nous pouvions nous attendre à un saut - très profond - dans l’inconnu. Mais nous n’avions d’autre choix que de sauter, tout en feignant de n’avoir pas peur de le faire. Malgré notre propre arrière-ban. Et en partie sans doute à notre corps défendant. Cela dit, le vent tourne. Il y a alors toujours quelqu’un pour vous rappeler vos promesses : " Vous aviez pourtant dit qu’un accord serait signé après l’été ? " Oui, mais : nous ne pouvions pas faire autrement que le dire à ce moment-là. "

Vous y croyiez ou pas ?


De Wever : " Absolument. Même si je savais depuis le début que ce serait extrêmement difficile. Les négociations actuelles, après des décennies d’imbroglios et de compromis, se concentrent sur l’essentiel. Le plus difficile. La réforme d’État qui correspond en fait à une lente scission de l’État. Les deux communautés abordent les choses de manière totalement différente. La plupart des Flamands disent de manière très volontaire ‘aujourd’hui’, la plupart des Wallons disent ‘jamais’. Quand ça commence comme ça, on se doute bien que ce ne sera pas une promenade de santé !’

En 2007, vous avez vu Yves Leterme couler. L’homme aux 800.000 voix de préférence. Cela ne vous effraie pas ?


De Wever: ‘J’ai peine à l’avouer, mais j’y ai pensé, oui. Plus encore lorsque les résultats des élections sont tombés. Tout le monde pense que je n’ai jamais été aussi euphorique que le soir du 13 juin. C’est pourtant le contraire qui s’est produit. Je suis devenu subitement très silencieux. En route pour la fête au Claridge, j’ai été informé du nombre de voix de préférence que j’avais déjà récolté (785.776; ndlr.) ‘Ma fin est proche’, aurais-je alors confié à un parlementaire qui m’escortait sur le podium. ‘L’apogée et en même temps, le début de la fin.’ J’avais oublié. C’est lui qui me l’a rappelé récemment. Cette déclaration lui avait fait forte impression ce soir-là.’

Comment expliquez-vous ce sentiment ?


De Wever: ‘Une conscience historique, j’imagine. Deux personnes ont remporté plus de voix de préférence. Leo Tindemans en a récolté un million en 1979. Personne n’a battu ce score. Yves Leterme en a amassé 800.000 il y a trois ans. Qu’est-il ensuite devenu ? On ne peut pas dire que ce succès lui ait porté chance… C’est même plutôt le contraire. Quand on récolte autant de voix de préférence, on ne vous autorise plus la moindre incartade. On vous attend au tournant. Chacun se présente avec ses propres revendications. Tout change quand on accède à ce niveau. Du jour au lendemain.

Est-ce que quelque chose a changé dans votre vie au lendemain du 13 juin ?


De Wever: ‘Absolument. D’abord, j’ai été convoqué au Palais. Avant cela, lors des précédentes élections, je fêtais les résultats jusqu’au petit matin. Cette fois, à une heure, j’étais tout à fait sobre, au lit ; je savais que le Roi m’appellerait. Le 14 juin, j’ai été bombardé informateur. Deux semaines pour rédiger une note sur la manière de résoudre tous les problèmes du pays. Une lourde tâche. Il faut assumer. Pas facile. À plus forte raison pour le petit parti que nous représentions encore à l’époque. Avant le 13 juin, notre ensemble comptait au total quinze personnes. Femme de ménage comprise.

Le 13 juin, vous êtes devenu celui qui a diabolisé la N-VA pendant de longues années. Celle-là même dont le slogan de campagne annonçait en 2007 : ‘Laat Vlaanderen niet verstrikken’ (Littéralement : ne laissez pas la Flandre étouffer). Les affiches représentaient un triangle de signalisation contenant un nœud papillon, référence évidente à Di Rupo.


De Wever: ‘Il s’en souvient hélas trop bien ! Cet été-là, à la table des négociations, j’ai vu Ben Weyts sortir une pile de feuilles de brouillon de sa mallette. Des feuilles pleines de croquis de panneaux d’interdiction et de nœuds papillon. J’étais mortifié. Tout le monde autour s’est mis à gesticuler et à faire les gros yeux : " Vire ce truc, vire ce truc ! " Mais Di Rupo, qui était juste en face de lui, les avait vus, évidemment. ‘ça alors! C’est quoi ça, Monsieur Weyts ? Montrez voir!’ Un moment extrêmement gênant !’ (il rit)

" Non, plus sérieusement. Qu’est-ce que je peux vous en dire ? Elio Di Rupo, pendant des années, au N-VA, nous l’avons considéré comme un petit comique, une caricature. Le symbole d’une certaine Wallonie. C’était un peu ce qu’il était, finalement. Et c’était facile, d’en jouer. D’où la campagne menée il y a trois ans. Cela dit, quand on apprend à le connaître personnellement, on ne peut que changer d’avis. J’ai dit un jour de lui qu’il était fascinant, l’Elio. Je ne vais pas le répéter ici. Mais c’est un homme de style, réellement charmant. Et puis, une leçon de vie. Son père est mort alors qu’il n’avait qu’un an. Sa mère ne savait ni lire ni écrire. Cela ne l’a pas empêché d’arriver où il est. À l’égard de ce genre de personnes, on ne peut qu’éprouver du respect. Même si, à de nombreux points de vue, il est mon opposé. "

" Lors d’une de nos premières rencontres, il m’a dit : ‘Bart, explique-moi un peu ce que c’est, le nationalisme. Sur le plan psychologique et politique, comment vous situez-vous ?’ Je lui ai exposé mon point de vue et lui ai conseillé le film ‘Michael Collins’, ayant pour protagoniste un indépendantiste irlandais. Le lendemain, Elio s’était procuré le film et l’avait visionné. ‘Dis Bart’, me dit-il alors en arrivant. ‘Ces nationalistes… Ils tuent quand même pas mal de gens, hein.’ C’était hilarant. Un très beau moment.’ "

À ce qu’on dit, l’atmosphère autour de la table des négociations était cette fois bien plus détendue qu’il y a trois ans.


De Wever: " C’est vrai. Et personne ne s’en plaindra. En 2007, on criait, on tempêtait, on jurait et on claquait les portes. On se serait cru dans une cour de récréation. Cette fois, ce n’était pas le cas. En bon gentleman, Elio Di Rupo n’aurait jamais laissé le débat dégénérer. Il peut se fâcher violemment, mais même dans ce cas, c’est avec grâce et style. Moi-même, je ne supporte pas les gens qui font de l’esclandre. En 2007, un leader libéral dont je ne citerai pas le nom m’a traité de tous les noms sur un ton très agressif. ‘Est-ce que le but de tout ceci est de m’impressionner ?’ ai-je demandé, glacial. Dans ces moments-là, à l’intérieur, je ne bouge plus d’un millimètre.’

‘On peut critiquer tant qu’on veut cette génération de politiques, mais ils sont en tout cas bien plus professionnels que leurs prédécesseurs. Même si les problèmes sont nettement plus complexes et le contexte autrement plus délicat.

Sur le plan politique, pendant ces négociations, la situation a souvent été tendue, mais personne n’a orienté le débat sur le plan personnel Ni Di Rupo, ni moi.

Il y a tout de même eu des débordements émotionnels, n’est-ce pas ? Le rejet de votre note par le PS ne vous a-t-il pas offensé ? Di Rupo ne s’est-il pas senti ‘humilié’ ?


De Wever: ‘La politique est un savant mélange de raison et d’émotions. Depuis toujours. Pour avoir le soutien de l’opinion public, on joue sur les émotions davantage que sur la raison. À plus forte raison sur des sujets complexes, institutionnels. Rares sont ceux maîtrisant les subtilités du modèle de financement. La plupart ont d’autres loisirs, fort heureusement d’ailleurs. Néanmoins, un message simple comme ‘Nous sommes insatisfaits et en colère’, tout le monde le comprend.

Vous ne niez pas que ces derniers mois, vous avez très consciemment glissé dans le registre des sentiments, cela dit ?


De Wever: " Évidemment pas. Je ne peux tout simplement pas le nier. Chacun des choix que le politique opère est en partie calculé. Et donc bien sûr, celui d’utiliser certaines émotions. Mais ces émotions ne sont pas pour autant feintes. Il ne faut pas le voir comme une mise en scène. Les politiques font ces choix en une fraction de seconde, de manière très instinctive. Parce que ce sont des animaux politiques. Ne vous imaginez pas que ce choix résulte de longues réflexions ou de considérations stratégiques. En tout cas, pas en ce qui me concerne. Je suis confronté à un événement, et mon instinct me dicte : ‘Dis-leur à quel point tout ceci t’écœure’. Ou au contraire : ‘Tais-toi’. Cela arrive aussi. Action-réaction, autrement dit. Quel mal y a-t-il à cela ? "

À mi-parcours, le soir où les partis flamands ont mis sur la table la loi de financement, vous êtes tombé. Littéralement.


De Wever: (sarcastique) ‘C’était du pipeau, vous ne l’avez pas lu ? C’était dans les commentaires off que La Libre Belgique a publiés : " Il feint un malaise pour échapper aux moments difficiles. " C’est probablement ce que j’ai lu de plus beau à mon sujet.’

‘Mais le pire, c’est que je le savais. Je savais qu’on l’écrirait. ‘C’est la merde’, me répétais-je sans cesse quand j’ai commencé à me sentir mal. Je ne sentais plus mes bras. La scène s’est jouée au ralenti. Mais je ne voulais pas abandonner. Sous aucun prétexte. Je savais que le lendemain, je serais crucifié par la presse. J’imaginais déjà les commentaires : ‘Le gros a tourné de l’œil.’ Ou : ‘Il a simulé un malaise’. Mais je n’ai pas pu faire autrement. Joëlle Milquet m’a ramené à ma voiture. J’étais complètement désorienté, tout seul je n’y serais pas arrivé. Elle m’a accompagné vers une issue loin de la presse. C’était peine perdue, évidemment. Le récit de mon malaise avait déjà été relayé en temps réel. Je ne m’étais fait aucune illusion là-dessus. En politique, on n’a aucun ami. Pas même dans des moments comme celui-là.’

‘J’ai tout de suite su que ce n’était rien de sérieux, heureusement. Je n’ai pas paniqué une seule seconde. Ce malaise était le résultat d’une nuit de travail acharné, d’une journée de jeûne et de stress. Je savais que la loi de financement ne serait pas négociable pour Di Rupo. Humainement, ce fut difficile pour moi de lui rentrer dedans de cette façon. Mais politiquement, il ne m’avait pas laissé le choix. Évidemment, ça n’aide pas, quand on est sur le point de chavirer. Avec cette conviction qu’on s’apprête à connaître un sale moment…’

N’étiez-vous pas simplement à bout de forces, comme cela a été dit ? Un malaise dû à des semaines sans sommeil, à cause du stress ?


De Wever: ‘Je ne dors plus binen depuis vingt ans. Ces derniers mois, la situation ne s’est certes pas améliorée, mais elle ne s’est pas dégradée pour autant. Je ne travaille pas plus que l’an dernier ou l’année précédente. Travailler plus, cela aurait été impossible, de toute façon. Mon épouse et mes quatre enfants ne m’ont certainement pas vu moins que les années précédentes. Pour eux, hélas, rien n’a changé. Lorsque le cartel que l’on formait avec le CD&V a éclaté, le 23 septembre 2008, j’ai commencé à travailler comme un damné. Je le savais : ‘Maintenant, ça passe ou ça casse. J’ai un peu moins d’un an, jusqu’aux élections flamandes de 2009, pour faire la différence. Soit la N-VA reste dans la course, soit c’est fini.’ J’ai vu toutes les salles de conférence de Flandre, cette année-là. D’Hasselt à La Panne. Je suis parti le 23 septembre 2008, et je suis rentré chez moi le 10 juillet 2009 à 2 heures. Le lendemain, je me mariais. Je n’oublierai jamais le moment où mon épouse m’a réveillé pour me demander : ‘Je mets quoi aujourd’hui?’ "

Depuis le début des négociations en 2007, vous êtes en permanence sous le feu des projecteurs. Est-ce difficile à vivre ?


De Wever: ‘Avant de répondre à cette question, j’aimerais tordre le cou à un cliché. C’est important. Je ne me plains pas de la vie que je mène. Quand on a la chance, comme moi, de faire de sa passion un métier, et en plus d’être grassement rémunéré pour le faire, on peut s’estimer chanceux. Ce serait insensé de se plaindre de cette vie et surtout de l’excès d’attention qu’on me porte aujourd’hui. Pendant de longues années, j’ai dû me mettre à genoux pour faire ma place. J’ai dû accepter de me plier à certaines contraintes, dont je pensais : ‘Suis-je vraiment obligé de faire ça ?’ Et puis, en y réfléchissant mieux, je finissais pas me convaincre : ‘Allez, ça me permettra de passer sur VTM.’ Ca, oui, c’était pénible.’

Mais ?


De Wever: ‘Mais mon métier a d’autres aspects très désagréables, que je suis contraint d’accepter. Comme ces projecteurs, justement. Par moment, c’est dur. Je ne peux pas le nier. Vos défauts sont plus visibles sous les projecteurs. La population est du reste devenue très dure par rapport au monde politique. Il faut que nous soyons blancs comme neige, et presque parfaits sur le plan humain. Nous sommes par ailleurs censés travailler jour et nuit, à plus forte raison aujourd’hui. Dès qu’on sort le nez dehors plus d’une minute, nous sommes assaillis d’e-mails : ‘Tu n’as rien de mieux à faire de tes journées, sale voleur ?’

‘Hugo Schiltz m’a toujours dit : ‘Bart, l’homme politique est un canard. Si tu lui balances un seau d’eau sur la tête, il lui suffira de se secouer énergiquement les plumes et il sera à nouveau sec.’ Sauf que certains jours, ce n’est pas un seau d’eau qu’on me jette au visage, mais un demi-tsunami. J’ai été élevé par un collabo, comme on le dit et on l’écrit souvent. Même si mon père n’est né qu’en 1934. J’ai vu la porte d’entrée de ma mère et la tombe de mon père à la télévision, entre deux images de nazis. ‘Il a flamandisé son nom en Rik’, voilà ce qu’ils disaient. Il en faut, des tripes, pour entendre de telles choses sur un père décédé. Ceci dit, ces derniers mois, certaines limites ont été dépassées. Mais bon. J’accepte. Même ça. À la longue, mon réflexe, c’est de dire : ‘Ajoutons cela au reste, dans le classeur.’

Le classeur ?


De Wever: ‘Je collectionne ce genre de choses dans un classeur particulier. Le classeur à merde. (il grimace) Et j’en ai un autre pour les menaces. Je les classe en fonction de trois gradations. Avec le temps, on apprend à faire le tri. Ceux qui envoient des e-mails sont inoffensifs en général. Ils créent une adresse hotmail pour pouvoir vous balancer leur fiel de manière anonyme. ‘Si ça peut les soulager’, me dis-je alors. Ceux qui écrivent des lettres sont un peu plus dangereux. Ceux-là ont fait l’effort de rechercher votre adresse, d’acheter un timbre, voire de glisser l’enveloppe dans votre propre boîte aux lettres, histoire de bien vous faire comprendre qu’ils savent où vous vivez. C’est déjà bien moins drôle. On finit par se dire que ces gens-là pourraient bien penser ce qu’ils écrivent. Heureusement, ces attaques sont les plus rares. Mais bon. Ca aussi, on s’y habitue. Par ailleurs, cela évolue en fonction de la conjoncture. Lorsque les tensions augmentent, les menaces suivent le mouvement. Une fois que la tension retombe, la situation s’apaise. C’est très simple. Il suffit que je donne une interview à la RTBF pour être aussitôt assailli de toutes parts.’

La pression exercée sur vous est énorme et s’accroît au fil des jours. De votre réponse dépend l’avenir de millions de personnes. N’avez-vous jamais peur de vous tromper ?

De Wever: ‘En permanence. Mais pas par rapport à la direction que nous empruntons. Uniquement sur la manière de le faire. Seulement ‘in modo’, comme la locution latine l’exprime si bien, pas ‘in re’. ‘Je suis tranquille avec moi-même.’ Vous connaissez cette expression ? Elle est signée Van den Boeynants. Ovide a écrit sensiblement la même chose, mais dans des termes plus vifs : ‘En rue, on me crache au visage, mais à la maison, je m’applaudis.’ Je n’ai pas cette arrogance, mais tout ce qu’on m’a balancé au fil des ans ne m’a jamais fait douter fondamentalement de moi-même. "

(*) ‘J’ai appris à être toujours audacieux.’ Livre VI de l’Iliade d’Homère. Hector prononce ces mots lorsqu’il quitte son épouse Andromaque, qui l’a supplié de ne pas partir au combat. Il le doit pourtant, dit-il, sans quoi il serait rongé par la honte et l’orgueil. Dans la suite, il déclare – ce qui n’est pas tout à fait approprié : ‘Car je sais, dans mon esprit et dans mon coeur, qu'un jour viendra où la sainte Troie périra.’

Wouter VAN DRIESSCHE