Thursday, October 27, 2011

Berlusconi n'a pas fini de nous faire rire

Sous la pression des autres chefs d'Etats européens, Merkel et Sarkozy en tête, le beau Silvio a concocté cette semaine un plan particulièrement ambitieux de réduction de la dette publique italienne:
- une augmentation de l'âge de la retraite à 67 ans, mais à partir de 2026...
- des ventes d'actifs de l'Etat à raison de 5 milliards d'euros par an pendant 3 ans. Par rapport à la dette italienne de 1.900 milliards d'euros, cela représente au total une réduction de la dette de 0,79% sur 3 ans...
Bravo Silvio, les marchés financiers seront impressionnés...

Wednesday, October 26, 2011

La solution à la crise de la dette passe par la BCE

Lisez ce court article de Paul De Grauwe (voir photo), professeur d'économie à la KU Leuven, concernant le rôle primordial que devrait jouer la Banque Centrale Européenne (BCE) dans la résolution de la crise de la dette européenne.
La solution décrite est simple et aurait un effet immédiat permettant de briser le cercle vicieux par lequel la détérioration des finances publiques des Etats européens contamine la situation financière des banques créancières et nécessite une recapitalisation de celles-ci par ces mêmes Etats, ce qui détériore davantage leurs comptes publics, et ainsi de suite...
On en est malheureusement loin pour l'instant : la BCE reste prisonnière du dogme par lequel sa seule et unique mission est de combattre l'inflation. Cette mission doit passer temporairement au second plan de façon à permettre à la BCE de soutenir prioritairement les politiques budgétaires et fiscales des pays européens aux prises avec un endettement massif.
Une révision des statuts de la BCE est urgente. Il en va de la survie de la monnaie unique européenne.

Monday, October 24, 2011

Infographie : les enjeux de la crise de la dette

 

Je vous recommande cette infographie très parlante parue dans le New-York Times qui illustre l'importance des dettes nettes des principaux pays emprunteurs vis-à-vis des banques créancières situées dans d'autres pays.
On voit par exemple que les banques françaises ont une exposition nette considérable sur la dette italienne (366 milliards de $) et espagnole (118 milliards de $).
On voit aussi que l'exposition des banques allemandes est considérablement plus faible, l'Allemagne étant même débitrice nette vis-à-vis des banques italiennes, alors qu'on aurait pu imaginer que c'était au contraire l'Italie, avec sa dette considérable de 1.900 milliards d'euros, qui était débitrice nette vis-à-vis des banques créancières allemandes.

D'une façon générale, on constate que la position des banques françaises est particulièrement délicate en cas de défaut total ou partiel de la Grèce et des débiteurs européens les plus fragiles comme l'Espagne ou l'Italie.

Remarquez aussi l'engagement colossal du Royaume-Uni vis-à-vis des banques allemandes (321 milliards de $) et curieusement des banques espagnoles (326 milliards de $).

La palme reste aux Etats-Unis, avec des dettes considérables, notamment vis-à-vis des banques japonaises (796 milliards de $), mais aussi vis-à-vis des banques anglaises (345 milliards de $), allemandes (324 milliards de $) et françaises (322 milliards de $).

Thursday, October 20, 2011

Une lecture que je vous recommande

Pour approfondir la compréhension de la crise de la dette souveraine, de la crise bancaire européenne qui est inextricablement liée à la première, et de la crise des institutions européennes,  je vous recommande la lecture de cette étude (en anglais) de l'économiste Nicolas Véron (voir photo), Senior Fellow auprès du centre de recherche économique européen Bruegel.

Bonne lecture. N'hésitez pas à poster vos commentaires.

Tuesday, October 18, 2011

Le stress gagne le coeur de la zone euro

Comme le montre le graphe ci-dessus, l'écart entre le taux d'intérêt des emprunts à 10 ans payé par la France et celui payé par l'Allemagne (le "spread", comme on dit dans le jargon) s'est fortement tendu depuis quelques jours au point de revenir vers les niveaux en vigueur en 1992, soit au-delà des 100 points de base (= 100 centièmes de pourcent = 1%).
La France, détenteur du rating AAA, est en effet dans le collimateur des agences de notation qui envisagent une dégradation de sa note.

D'autres pays appartenant au coeur de la zone euro connaissent une situation similaire, à savoir l'Autriche et la Belgique dont le spread vis-à-vis de l'Allemagne est désormais de 245 points de base environ (= 2,45%), en très forte hausse depuis le sauvetage du groupe Dexia.

On est encore loin des niveaux de spread de la Grèce (2.225 points de base) ou du Portugal (988 points de base), mais on se rapproche de l'Italie (386 points de base) ou de l'Espagne (335 points de base).

Pas bon, tout cela.

Sunday, October 16, 2011

Plus que 7 fois dormir

La réunion des ministres des finances du G20 ces 14 et 15 octobre à Paris n'a pas vraiment permis d'en savoir plus sur le plan que les Etats de la zone euro vont présenter lors du sommet européen du 23 octobre prochain.
Ce plan comporte toujours trois volets :
- la recapitalisation des banques européennes pour leur permettre de faire face à de nouveaux chocs tels que des défauts sur la dette de certains Etats ;
- un allègement supplémentaire de l'endettement de la Grèce, qui pourra prendre la forme d'un abandon volontaire des créanciers privés au-delà des 21% convenus lors de l'accord du 21 juillet, voire d'un "haircut" (c'est-à-dire un défaut partiel qui ne constitue pas une restructuration volontaire de certains créanciers)
- une augmentation substantielle des moyens du Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF)

Il est clair que les deux premiers points de ce plan vont requérir un accord avec le secteur bancaire européen, et apparemment, les discussions sont encore loin d'avoir abouti.
Une recapitalisation semble ne pas rencontrer d'enthousiasme de la part des banques, et en tout état de cause, un appel au marché des capitaux est exclu dans les circonstances actuelles. Une recapitalisation via les Etats européens déjà surendettés apparaît comme un non-sens.
De même, l'obtention d'un accord des banques pour étendre la restructuration volontaire négociée en juillet au-delà de 21% est hypothétique alors qu'un "haircut" de la dette de la Grèce ouvrirait la boîte de Pandore des contrats de swaps de défaut de crédits (CDS - Credit Default Swaps), ces contrats d'assurances couvrant le défaut d'un débiteur qui ont été émis en masse par un grand nombre d'acteurs bancaires à travers le monde : en cas de défaut même partiel de la Grèce, les émetteurs de CDS seront appelés à dédommager les créanciers, ce qui pourrait déstabiliser le secteur bancaire dans son ensemble.
Les attentes stratosphériques des marchés bousiers seront-elles rencontrées lors du sommet européen de 23 octobre ? Plus que 7 fois dormir...

Wednesday, October 12, 2011

Quel plan pour recapitaliser les banques ?

Faisons le point ce mercredi 12 octobre concernant le plan de recapitalisation des banques que les autorités européennes sont en train de discuter dans le but de résoudre la crise de la dette dans la zone euro.
Apparemment, selon les informations qui ont filtré ces dernières heures, l'Autorité Bancaire Européenne aurait approuvé le principe d'imposer un ratio de capital de minimum 9% aux banques européennes, soit bien au-delà des 6% ou 7% avancés jusqu'ici.
Elle donnerait un délai de 6 à 9 mois aux banques européennes pour se recapitaliser en conséquence en faisant appel au marché boursier, après quoi une recapitalisation par les gouvernements nationaux et/ou le fonds européen de stabilité (FESF) serait imposée.
Selon les estimations de Morgan Stanley, le besoin total en capital supplémentaire pour les nombreuses banques qui se situent sous ce niveau de 9% de fonds propres serait au total de 275 milliards d'euros, un montant considérable.
Ces questions sont toujours en discussion, l'objectif étant de trouver un accord entre les Etats européens pour la réunion des chefs d'Etats du 23 octobre.
La recapitalisation des banques a pour but d'éviter une débandade du secteur bancaire en cas de défaut total ou partiel de la Grèce. Une question qui devra être débattue est de savoir si les différents Etats seront prioritairement mis à contribution pour financer le cas échéant ces recapitalisations (on estime que la probabilité de faire appel au marché boursier dans les circonstances actuelles est proche de zéro), ou si c'est le FESF qui sera appelé. Des divergences importantes existent entre Allemands et Français sur cette question, les premiers souhaitant que les gouvernements interviennent en premier lieu alors que les seconds privilégient une intervention du FESF pour préserver leur propre rating qui pourrait être menacé.
En parallèle avec ces discussions sur la recapitalisation bancaire, les dirigeants européens envisagent d'organiser un défaut sur une partie de la dette grecque : on parle maintenant de 50% à 60% de cette dette qui pourrait ne pas être remboursée. De nombreuses questions restent en suspend concernant ce "haircut", comme on dit en anglais, notamment la suivante : va-t-il concerner l'ensemble des créanciers de la Grèce (y compris la Banque Centrale Européenne (BCE), le FMI et la Commission Européenne) ou uniquement les créanciers privés, c'est-à-dire les banques ? Pour véritablement soulager la Grèce du fardeau de sa dette, le défaut devrait logiquement concerner l'ensemble des créanciers, y compris les créanciers publics qui portent déjà une part considérable des créances sur la Grèce, ce que la BCE a toujours refusé jusqu'ici.

Conclusions provisoires :
1) les montant envisagés en terme de recapitalisation et de haircut sont très lourds, beaucoup plus lourds qu'estimés jusqu'ici.
2) de nombreuses questions et zones de frictions entre partenaires européens subsistent.
3) la recapitalisation des banques et le haircut de la Grèce vont constituer une charge additionnelle substantielle sur les dettes publiques déjà très excessives des Etats européens. Les pays les plus fragiles (Espagne, Italie, Portugal...) vont-ils pouvoir éviter un effet domino une fois la Grèce sauvée ?
Les semaines à venir vont être cruciales !

Tuesday, October 11, 2011

Panique chez les Ploutocrates (*)

Lisez cet article du professeur d'économie américain Paul Krugman (photo ci-dessus), prix Nobel d'économie en 2008, au sujet du mouvement des protestataires de Wall Street.
Must read !

(*) Ploutocrate : homme caractérisé par sa richesse, sa puissance, son influence

Monday, October 10, 2011

Qui croit encore à ces incantations ?

Mme Merkel et M. Sarkozy se sont rencontrés ce dimanche 9 octobre. Leur réunion a débouché sur une déclaration que l'on peut résumer comme ceci :
1) Nous avons trouvés un accord sur la question de la recapitalisation des banques européennes.
2) Quels sont les termes de cet accord ? Il n'y en a pas : il s'agit d'un accord de principe.
3) Nous nous engageons à trouver un consensus sur cette question au niveau des pays de la zone euro au plus tard lors de la réunion du G20 à Cannes les 3 et 4 novembre 2011.

Que penser de ce genre de déclaration ?
On ressent un grand sentiment de vide. Ce sentiment de vide est d'autant plus grand que le principe même d'une solution globale et européenne à la question de la recapitalisation des banques au sein de la zone euro n'a pas beaucoup de sens, et ce pour deux raisons.

D'abord, parce que toutes les banques européennes ne sont pas exposées avec la même ampleur. L' Allemagne a déjà déclaré que ses banques sont saines, peu exposées et ne doivent pas être recapitalisées. Les banques françaises, par contre, sont bien davantage à risque sur les dettes des pays périphériques, bien qu'elles nient avoir besoin d'une quelconque recapitalisation... Recapitaliser des banques qui n'en ont pas besoin étant une aberration économique, on se trouve devant une problématique qui nécessite une analyse rationnelle et au cas par cas que les stress tests étaient sensés adresser. Le cas de Dexia, qui avait brillamment réussi les derniers stress tests du 15 juillet 2011, montre que la problématique est complexe.

Ensuite, les banques les plus exposées au problème de l'endettement des pays périphériques de la zone euro sont d'abord les banques de ces mêmes pays dont les comptes publics ne permettent aucune marge de manoeuvre en terme d'octroi d'aide ou de recapitalisation. Ces pays devront donc faire appel à la générosité des autres Etats européens et/ou du FMI pour recapitaliser leurs banques. Mais alors, n'est-il pas plus sensé d'aider directement les finances publiques de ces pays plutôt que d'octroyer une aide indirecte à leur système bancaire qui est leur principal créancier ?

Nous voilà donc revenus à la case départ.
Mme Merkel et M. Sarkozy se sont mis eux-même le couteau sous la gorge en s'imposant un calendrier aussi serré pour régler une question aussi délicate et complexe que celle de la recapitalisation des banques et de la solidité du système financier européen. Il y a fort à parier que les grandes incantations de ce dimanche 9 octobre vont accoucher d'une souris lors du sommet du G20 à Cannes et que les marchés vont devoir acter une nouvelle déception.