Sunday, November 27, 2011

Budget 2012 pour l'épargne : la double exception belge est maintenue

Elio Di Rupo a annoncé lors d'une conférence de presse aujourd'hui les principales mesures dans le cadre de ce fameux budget 2012 qui a finalement été bouclé ce samedi 26 novembre.
Concernant la fiscalité de l'épargne, ces mesures s'écartent quelque peu de ce qui avait filtré ces derniers jours et que je vous avais rapporté dans mon post du 22 novembre.

Voici ce qu'a annoncé M. Di Rupo :

- le précompte mobilier sur les revenus d'intérêts passe de 15% à 21%, comme anticipé.

- pour les revenus de dividendes, le précompte mobilier reste finalement à 25%.

- taxation spéciales des hauts revenus : le système retenu est finalement le suivant : les personnes qui disposent de revenus mobiliers annuels de plus de 20.000 euros payeront un prélèvement exceptionnel de 4 % supplémentaires sur la partie qui dépasse les 20.000 euros. Selon la déclaration du futur premier ministre, un système a été mis en place pour éviter que les revenus mobiliers des particuliers ne soient transmis à l’administration fiscale. C’est apparemment la Banque nationale qui collectera ces données. Reste à voir dans la pratique comment cela sera organisé...

- comme anticipé, pas de changement concernant les comptes d'épargne dont les revenus d'intérêts sont défiscalisés à concurrence de 1.770 € par an.

- taxation des plus-values : surprise : il y aura bel et bien une taxation des plus-values, mais uniquement pour les sociétés, par pour les particuliers. Il s’agira d’un prélèvement à 25 %, mais uniquement sur les plus-values réalisées moins d’un an après l’acquisition du titre.

- taxe boursière : les négociateurs se sont également entendus sur une augmentation de la taxe sur les opérations boursières, dont le montant n'a pas encore été précisé.

La grosse (et bonne) surprise pour les épargnants domiciliés en Belgique est donc le maintien de l'absence de toute taxation des plus-values sur la vente de titres dans le chef des particuliers. Les épargnants évitent aussi toute taxation visant le patrimoine proprement dit, confirmation de ce qui avait filtré des discussions préliminaires. Cette double exception belge dans le paysage européen est donc maintenue pour le moment, ce qui ne manquera pas de faire plaisir à nos amis français venus trouver en Belgique des cieux cléments en matière d'imposition du patrimoine.

De nombreux détails concernant ces mesures sont attendus dans les jours qui viennent. Nous ne manquerons pas de vous en tenir informés.

Friday, November 25, 2011

Ma prédiction pour 2012 : davantage de congés bancaires

Il n'y a que trois façons de faire face à un afflux d'épargnants venant retirer en masse leur argent d'une banque ("bank run" comme on dit en anglais) :
- avoir un Etat solvable prêt à garantir les dépôts des épargnants;
- avoir un prêteur en dernier ressort prêt à fournir de la liquidité en quantité illimitée;
- fermer la banque.
Nous devrions donc avoir davantage de congés bancaires en 2012...

Thursday, November 24, 2011

Qui doit combien à qui ?

C'est à cette question que répond cette instructive infographie publiée sur le site de la BBC qui détaille, pour les principales économies mondiales et pour certains pays européens, les montants de leur dette (publique et privée) financée par des banques étrangères et les pays où ces banques sont localisées.
Il est effrayant de voir par exemple l'ampleur de la dette extérieure des USA vis-à-vis en particulier des banques japonaises et britanniques, ainsi que la forte exposition des banques françaises à la dette italienne.
L'infographie renseigne aussi le niveau de l'endettement extérieur (public et privé) des Etats ramené par tête d'habitant. L'Irlande est à ce titre dans une situation effarante, avec un endettement extérieur de plus de 390.000 € par habitant, suivi par le Royaume-Uni avec près de 118.000 € par habitant.
Intéressant de voir que l'Allemagne, avec environ 51.000 € d'endettement extérieur par habitant, est dans une situation bien plus mauvaise que le Portugal, l'Espagne ou l'Italie...
Merci à Christian Van Besien de m'avoir transmis ce lien.

Wednesday, November 23, 2011

Intéressant : les investisseurs boudent le Bund allemand

Alors que les obligations d'Etat allemandes (le "Bund" dans le jargon) ont faire figure de la valeur refuge dans laquelle les investisseurs s'engouffraient, à la recherche d'un havre de stabilité, l'adjudication de ce matin d'une tranche de 6 milliards d'euros d'obligations à 10 ans a fait un flop.
Comme le rapporte cet article de Wall Stree Journal, seulement 3,6 milliards d'euros ont été adjugés à un taux de rendement de 1,98%.
Deux raisons probables pour cet adjudication loupée :
- les banques européennes, typiques acquéreurs de ces émissions, sont en plein processus de désendettement et de réduction de la taille de leur bilan et en quête de liquidités et sont donc probablement restées sur le côté;
- les taux de rendement du Bund étaient devenus ridiculement bas, poussés à la baisse par son statut de refuge suite à la débandade sur le marché de la dette souveraine dans le reste de l'Europe.Dans la foulée de cette adjudication ratée, les taux des obligations allemandes à 10 ans sont partis à la hausse ce mercredi matin, comme l'illustre le graphique ci-dessus, et pointent désormais à 2,04%.
L'Allemagne commence donc à sentir pour elle-même l'inconfort que constitue la situation préoccupante de l'ensemble de la zone euro au niveau du coût auquel elle pourra se financer. Au niveau économique, cet inconfort est déjà bien présent, avec des perspectives de croissance économique pour 2012 qui sont revues drastiquement à la baisse en Allemagne.

Ceci fera peut-être réfléchir les dirigeants allemands et les mènera à assouplir leur position au sujet du rôle de la BCE que les partenaires européens veulent beaucoup plus actif, et de l'idée des Eurobonds à laquelle ils avaient jusqu'ici répondu par un "nein" franc et massif...

Tuesday, November 22, 2011

La note Di Rupo sur la fiscalité de l'épargne - update

D'après les éléments qui ont pu filtrer des négociations menées en vue de former un gouvernement, le projet de modification de la fiscalité de l'épargne s'orienterait vers les éléments suivants et marquerait donc une évolution assez notable par rapport à la note Di Rupo initiale (voir notre post du 4 juillet 2011) :
1) Le précompte mobilier sur les revenus d'intérêts passerait de 15% à 21%, au lieu des 20% annoncés dans la note du mois de juillet. Cela va rapporter gros à l'Etat...

2) Il n'y aurait pas de changement concernant les populaires comptes d'épargne dont les revenus d'intérêts sont défiscalisés à concurrence de 1.770 € par an.

3) Le précompte mobilier sur les dividendes serait harmonisé à 21%, en remplacement du régime actuel de 15% ou 25%, et serait donc équivalent à la taxation des revenus d'intérêts.

4) Les boni de liquidation seraient aussi taxés à 21%, a lieu du taux actuel de taxation de 10%.

5) Les plus-values réalisées sur les ventes de titres seraient taxées au même taux de 21%. La période dorée marquée par l'absence de taxation des plus-values prendrait donc fin en Belgique. Nous n'avons pas de détail à l'heure actuelle sur le traitement réservé aux moins-values ou sur d'éventuelles durées de détention permettant de moduler ou d'éviter la taxation.

6) Enfin, le projet de taxation du patrimoine semble abandonné en tant que tel. Cependant, les contribuables dont les revenus totaux (revenus professionnels + mobiliers + immobiliers + divers) dépasseraient 120.000 € par an se verraient imposer une taxation additionnelle de 5% sur leurs revenus mobiliers, en plus des 21% imposés à la source, soit donc une taxation totale de 26% de ces revenus mobiliers. Comme ces revenus mobiliers devraient apparaître dorénavant dans la déclaration fiscale des contribuables pour permettre l'application de cette éventuelle taxation additionnelle de 5%, il est probable que les centimes additionnels communaux viendraient frapper ces revenus mobiliers, ce qui n'était pas le cas jusqu'à présent avec le régime du précompte mobilier libératoire.

Les mesures mentionnées ci-dessus restent à prendre au conditionnel, mais si elles sont adoptées, la fiscalité du patrimoine en Belgique serait donc sensiblement alourdie. Reste à voir si les négociations gouvernementales vont arriver à leur terme.
Suite donc au prochain numéro...

Friday, November 18, 2011

L'avis de Guy Wagner

Guy Wagner est l'économiste en chef de la Banque de Luxembourg. J'aime toujours lire ses commentaires et ses avis pleins de bon sens.
Dans son dernier message publié sur son blog, il livre son analyse sur les chance de survie de la zone euro. Pas optimiste, notre ami Guy Wagner...
Bonne lecture.

Monday, November 14, 2011

Les indicateurs avancés de l'OCDE encore en baisse

 L'OCDE vient de publier les chiffres de ses indicateurs composites avancés pour le mois de septembre 2011, sensés préfigurer de 6 mois l'évolution de la conjoncture économique internationale.
Pour la moyenne de l'ensemble des pays de l'OCDE, l'indicateur est en baisse de 0,4 point, sa sixième baisse mensuelle consécutive, mais pointe encore légèrement au-dessus de 100 qui représente la tendance conjoncturelle à long terme.
Seuls le Japon, les Etats-Unis et la Russie maintiennent encore un indicateur supérieur à 100, mais en baisse notable. Tous les autres pays sont déjà passés sous ce niveau avec une tendance baissière.
Deux observations complémentaires :
1) Ce qui frappe, c'est le caractère coordonné de ce ralentissement économique au niveau mondial. Dans des cycles passés, des écarts parfois importants se marquaient entre les zones économiques en terme de tendance, ce qui avait avait un effet stabilisateur. Aujourd'hui, la tendance mondiale est uniformément à la baisse.
2) Le Brésil et l'Inde sont les deux pays dont les indicateurs composite avancés ont le plus baissé depuis 1 an.

Pas de quoi redonner de l'espoir aux investisseurs en bourse...
Le lien vers le rapport complet publié par l'OCDE est ici.


Sunday, November 13, 2011

La position de Jens Weidmann, président de la Bundesbank

En écho à notre post précédent qui reprenait les propos du professeur d'économie Paul De Grauwe au sujet de la stratégie de la Banque Centrale Européenne, voici ci-dessous un court extrait de l'interview de Jens Weidmann (voir photo), Président de la Bundesbank (banque centrale allemande) réalisée le 10 novembre par deux journaliste du Financial Times (FT), Ralph Atkins et Martin Sandbu.

FT: What, then, is the role of a central bank in a crisis like this?
JW: The role of the central bank is clearly defined. It is to ensure price stability and to support the competent authorities in ensuring financial stability. With this formulation, it is clear that the responsibility for financial stability lies with governments. The EFSF [the European financial stability facility] or the ESM [its successor, the European stability mechanism] are ways to buy time and, in that sense, are sensible instruments.
FT: Can you explain why the ECB cannot be lender of last resort?
JW: The eurosystem is a lender of last resort – for solvent but illiquid banks. It must not be a lender of last resort for sovereigns because this would violate Article 123 of the EU treaty [prohibiting monetary financing – or central bank funding of governments]. I cannot see how you can ensure the stability of a monetary union by violating its legal provisions.
I think the prohibition of monetary financing is very important in ensuring the credibility and independence of the central bank, which allow us to deliver on our primary objective of price stability. This is a very fundamental issue. If we now overstep that mandate, we call into question our own independence.
FT: The impression is that the Bundesbank will stick by principles until the whole house burns down...
JW: Right now we’re talking about the EU treaty and I don’t see how you can build trust in a system that violates laws.

Comme on peut le lire, le patron de la Bundesbank considère que la responsabilité de la stabilité financière dans l'Union Monétaire Européenne en incombe aux gouvernements et que la BCE violerait les traités européens et mettrait en péril sa crédibilité et son indépendance si elle se positionnait comme prêteur en dernier ressort des Etats européens qui font face à une crise de confiance de leur dette.

Les économistes comme Paul De Grauwe (et beaucoup d'autres), qui estiment que la BCE devrait annoncer au marché qu'elle va acquérir des obligations gouvernementales européennes pendant une durée et pour des montants illimités pour résoudre la crise de la dette, sont donc en totale opposition avec la position de la Banque Centrale allemande, suivie jusqu'à ce jour par la BCE elle-même, qui défend farouchement le principe de s'en tenir au strict mandat de la Banque centrale Européenne.
La suite nous dira si la position dogmatique de la BCE sera tenable...
L'interview complète de Jens Weidmann est disponible sur le site du Financial Times via ce lien (accès réservé aux abonnés du FT).

Friday, November 11, 2011

De Grauwe au sujet de la stratégie de la BCE

Le professeur d'économie Paul De Grauwe (voir photo) a utilisé une métaphore amusante au sujet de l'attitude de la BCE en ce qui concerne sa politique d'achat d'obligations d'Etats européens sur le marché secondaire pour faire face à la crise des dettes souveraines : la BCE peut être comparée à un général qui part en guerre et qui annonce au moment de faire face à l'ennemi : "je déteste tirer, je vais tirer le moins possible et je rentre le plus vite possible chez moi". Dans ces conditions, dit De Grauwe, le général ne peut pas gagner la guerre.
En annonçant que ses achats d'obligations vont être limités et de courte durée, la BCE fait passer au marché le message selon lequel les chances sont très grandes que dès qu'elle va cesser ses achats, les cours des obligations d'Etats vont continuer à chuter, ce qui incite naturellement les investisseurs à vendre et rend la politique d'achats de la BCE inefficace.
Pour De Grauwe, le message que la BCE devrait faire passer au marché consiste à dire qu'elle va acquérir des obligations d'Etats européens pour une durée et pour des montants illimités. Dans ces conditions, les investisseurs auraient la convictions que les cours des obligations vont être durablement soutenus, et donc qu'il n'y a plus de raison de vendre. La BCE pourrait alors se contenter d'acquérir beaucoup moins d'obligations d'Etats pour en maintenir les cours et son action serait très efficace pour lutter contrer la hausse des taux de rendements payés par les débiteurs souverains.

L'interview complète de Paul De Grauwe (dans la langue de Vondel) peut être regardée en cliquant ici.

Wednesday, November 9, 2011

Les annonces et fuites incendiaires se multiplient

Bon nombre de dirigeants de notre planète semblent avoir perdu leurs nerfs ce 9 novembre.
Après l'intervention anxiogène de Christine Lagarde, la dirigeante du FMI, qui a annoncé s'attendre à une décennie perdue pour l'économie globale, il apparaît selon Reuters que des discussions ont lieu entre la France et l'Allemagne pour redessiner les contours d'une zone euro davantage intégrée politiquement et économiquement et restreinte à un plus petit nombre de pays que les 17 membres actuels.
Il n'en faut pas plus pour déstabiliser encore un peu plus les marchés déjà ébranlés par l'incertitude politique en Grèce et en Italie suite à la démission de leur premier ministre respectif et l'annonce d'élections anticipées.
Outre la chute sévère des marchés bousiers (environ -2.2% en Europe et -3.5% aux USA), la journée a été marquée par une dégringolade spectaculaire de l'euro par rapport au USD, passant de 1.3830 tôt ce matin en Europe à 1.3550 à la clôture des marchés US (voir graphique).
La crise vis-à-vis de l'Italie va-t-elle avoir raison de la solidité affichée jusqu'ici par la monnaie unique ? Même si ces attaques contre la dette italienne sont non-justifiées du point de vue des fondamentaux économiques actuels de l'Italie, c'est la confiance dans la capacité du pays à gérer avec rigueur ses finances publiques qui est en jeu. Si cette confiance n'est pas rapidement restaurée par la formation d'un gouvernement crédible et stable, les conséquences pour la zone euro pourraient être catastrophiques.
Parce que sauver l'Italie, le 4e émetteur mondial de dette souveraine avec 1.900 milliards d'euros d'encours, ne sera pas une mince affaire pour cet handicapé institutionnel et politique qu'est la zone euro.

Lecture matinale

Lula, Papandreou, Berlusconi : un article du Felix Salmon sur le déficit de leadership européen


Sélectionner les meilleurs managers : les recettes de Litman Gregory


Risques de décade perdue pour l'économie mondiale, dixit Christine Lagarde, la patronne du FMI

Bonne lecture

Tuesday, November 8, 2011

Les liens du jour

Au sujet de ce que l'on peut attendre de Super-Mario Draghi

Une analyse du risque de dépression dans la zone euro si l'Allemagne maintient son attitude vis-à-vis de la BCE.

Au sujet de la faillite de MF Global

Au sujet du véritable génie de Steve Jobs

Bonne lecture, bonne journée.