Thursday, March 29, 2012

Buy My Face

Deux jeunes britanniques fraîchement diplômés de Cambridge, Ross Harper (voir photo) et Ed Moyse, ont eu l'idée de louer leur visage comme support pour des campagnes publicitaires.
Cela donne Buy My Face, une initiative pleine d'humour et de créativité qui a rapidement fait le buzz sur les réseaux sociaux et qui devrait permettre aux deux jeunes entrepreneurs de rembourser leur crédit-étudiant de 50.000 £.
Bel exemple de débrouillardise dans une Europe qui s'enfonce dans les difficultés économiques et où les jeunes devront faire preuve d'initiative, de courage et de créativité pour s'en sortir.

Friday, March 16, 2012

Ca m'énerve...

Vous connaissez le ratio cours/bénéfices ou Price Earnings Ratio en anglais (PER ou P/E en abrégé) ?
Il s'agit du rapport entre le cours de bourse d'une action cotée et le bénéfice par action attendu dans le futur.
On peut interpréter ce ratio sous l'angle du prix que les investisseurs sont prêts à payer pour "acheter" un euro de bénéfice futur attendu d'une société cotée. Autrement dit, le PER est le reflet du prix du risque que les investisseurs sont prêts à prendre à un moment donné pour détenir une action d'une société : plus le risque sera perçu comme élevé, plus le prix que les investisseurs seront prêts à payer (et donc le PER) sera bas, et inversement. Les anticipations de croissance des bénéfices futurs rentrent aussi en ligne de compte dans le niveau du PER d'une action, et celui-ci est souvent examiné et comparé en fonction du secteur d'activité de la société.

Un de arguments qu'avancent actuellement certains gérants pour justifier un positionnement haussier sur les marchés boursiers est de dire que le niveau moyen du PER est historiquement bas, particulièrement en Europe. Même s'il est vrai que le PER moyen est plus bas aujourd'hui qu'il y a 5 ou 10 ans, c'est le genre d'argument simpliste qui m'énerve...
En effet, je pense que deux phénomènes structurels sont de nature à maintenir le PER moyen plus bas que par le passé :
1) la globalisation des économies et par conséquent la concurrence accrue que se livrent les entreprises au niveau mondial ;
2) l'augmentation phénoménale de la masse de capitaux qui interviennent sur les marchés boursiers, qui sont concentrés de façon croissante auprès de certains acteurs et dont la vitesse de circulation a décuplé du fait des systèmes de trading automatiques.

Ces deux phénomènes combinés font que l'investisseur perçoit désormais le fait de détenir une action de société cotée comme plus risqué en raison d'une incertitude plus grande au sujet de la pérennité des bénéfices futurs (du fait de la globalisation des économies) et d'une volatilité plus grande du cours de bourse (du fait de l'explosion de la masse et de la vitesse de rotation des capitaux). Il me semble donc évident que le PER moyen des sociétés cotées est et sera structurellement plus bas que le niveau qui était le sien il y a 5 ou 10 ans, et donc que la comparaison du PER par rapport à une moyenne historique n'a pas beaucoup de sens.

Vos commentaires sont bienvenus !

Wednesday, March 14, 2012

Goldman Sachs, temple mondial de l'arrogance et du cynisme

Lisez cet article paru aujourd'hui dans le New York Times et intitulé "Why I'm leaving Goldman Sachs".
L'auteur, Greg Smith, y explique les raisons de son départ de la firme.
C'est un plaidoyer acerbe au sujet de la culture du cynisme, de la cupidité et de l'arrogance qui règne chez Goldman Sachs.
Un court extrait :
"What are three quick ways to become a leader ?
a) Execute on the firm’s “axes,” which is Goldman-speak for persuading your clients to invest in the stocks or other products that we are trying to get rid of because they are not seen as having a lot of potential profit.

b) “Hunt Elephants.” In English: get your clients to trade whatever will bring the biggest profit to Goldman.
c) Find yourself sitting in a seat where your job is to trade any illiquid, opaque product with a three-letter acronym."

Lisez aussi cet autre article, toujours du New York Times d'aujourd'hui, qui commente l'éditorial de Greg Smith et le replace dans son contexte.

Les "révélations" de Greg Smith semblent agiter le microcosme de Wall Street : voyez cette vidéo sur Bloomberg TV.

Ce qui me rassure pour l'avenir, c'est que de plus en plus de jeunes, d'étudiants et notamment les meilleurs d'entre eux, se détournent désormais des carrières dans ce genre d'institution.
La lutte continue !

Monday, March 12, 2012

La répression financière ? Nous y sommes !

Dans leur remarquable ouvrage consacré à l'histoire des crises financières, Kenneth Rogoff et Carmen Reinhart ont introduit la notion de répression financière.
De quoi s'agit-il ?
C'est un environnement destiné à alléger le poids de la dette des Etats et qui se compose de trois éléments principaux:

1) Instaurer un arsenal réglementaire contraignant.
L’idée pour l’Etat est d’utiliser son pouvoir réglementaire pour canaliser l’épargne domestique vers le financement de la dette publique au détriment d’autres formes de placements.
Des exemples : instaurer un contrôle des changes destiner à empêcher l’épargne nationale de se diriger vers l’étranger ; imposer une réglementation prudentielle du secteur financier visant à obliger celui-ci à détenir un certain pourcentage d’obligations émises par l’Etat ; instauration de taxes sur certaines transactions (transactions boursières) de façon à les pénaliser au profit des transactions en obligations d’Etat, etc.

2) Maintenir les taux d’intérêts très bas.
Le but est de minimiser les charges d’intérêts de l’Etat via des réglementations contraignantes visant à ne pas rémunérer de façon juste le risque pris par les créanciers et/ou via la politique des banques centrales.

3) Favoriser l'émergence de l'inflation.
L'idée est de favoriser l’augmentation de la masse monétaire, ce qui va stimuler l'inflation, réduire la valeur de la monnaie et mécaniquement diminuer le poids de la dette pour les débiteurs.


Nous sommes clairement dans cet environnement de répression financière. A titre d'illustration, les mesures prises ce week-end par le gouvernement belge vont totalement dans le sens du point 1) avec l'augmentation des taxes boursières à l'exception des opérations visant les obligations d'Etat.
Dans ce contexte, c'est l'épargnant qui doit supporter le coût du rétablissement de l'équilibre des comptes publics :

- d’un côté il est incité à placer son épargne en obligations émises par l’Etat ;

- il percevra un taux d’intérêt qui sera bas, plus bas qu’un taux normal ;

- à cause de l’inflation, il percevra un taux d’intérêt réel négatif ce qui signifie pour lui une baisse du pouvoir d'achat de son épargne et donc un appauvrissement net, alors que le débiteur de son côté (l'Etat) bénéficiera d'une réduction du poids relatif de son endettement, celui-ci pouvant être remboursé dans une monnaie dépréciée.

Dans l'histoire, un grand nombre de crises de la dette se sont soldées par de longues années de répression financière, et il est clair que la crise que nous vivons est en train de prendre cette voie.
La question qui se pose pour l'épargnant est de savoir comment protéger la valeur de son épargne dans ces circonstances. Nous y reviendrons dans un prochain message.

Thursday, March 1, 2012

Grèce : la désagrégation d'un pays sous nos yeux

La dernière enquête Markit du secteur manufacturier en Europe est claire : la Grèce s'enfonce irrémédiablement vers une situation de désagrégation économique totale : le Purchasing Manager's Index (PMI) de la Grèce qui reflète les performances du secteur manufacturier s'est enfoncé en février à un niveau inconnu depuis 13 ans que cet indice existe à 37,7 (un niveau en-dessous de 50 indique une contraction de l'activité).
Depuis le début 2012, la vitesse de détérioration de cet indice s'est accélérée.
Et ce n'est pas terminé : les chiffres effrayants de l'enquête de Markit de février ne tiennent pas compte du nouvel ensemble de mesures d'austérité décidées en février par le gouvernement sous la pression du l'Union Européenne, du FMI et de la BCE.
Une seule conséquence possible de cette situation de désagrégation de l'économie : une explosion sociale et politique à venir.
L'étude Markit est disponible ici.